Vers une suppression de la moitié des places de stationnement à Paris ?



Inquiète des propos tenus il y a quelques jours par l'adjoint à la mairie de Paris en charge de l'Ecologie, annonçant le souhait de supprimer la moitié des places de stationnement d'ici à 2026, j'ai interrogé le Ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, chargé des transports à ce sujet par le biais des questions écrites.


A Paris, la politique de déplacement est définie par le plan de déplacements de Paris (PDP), adopté par le Conseil de Paris en 2007. Parmi les cinq enjeux définis par le PDP figurent l'enjeu économique (assurer la vitalité et le dynamisme économique de la capitale) et l'enjeu régional (renforcer la coopération et la synchronisation des collectivités franciliennes en matière de transports). En déclinaison de cette stratégie, les principaux objectifs de la politique de stationnement poursuivis par la mairie de Paris sont précisément définis : faciliter la circulation des véhicules en améliorant la rotation de ceux qui sont en stationnement, mieux partager la ressource limitée que constitue l'espace public entre les différents usages particuliers professionnels et entre les différents moyens de transport de surface, faciliter les circulations à vocation économique, faciliter le stationnement des riverains.


Chaque jour, on compte plus de 10 millions de déplacements, dont 6,5 millions internes à Paris, 4 millions de déplacements pendulaires Paris-Banlieue, et 0,8 million de transit à travers Paris.


Entre 2001 et 2015, plus de 61 000 places de stationnement ont déjà disparu de la voirie de surface à Paris. On comptait 202 800 places sur voirie en 2001, dont 56 000 gratuites, contre 141 757 en 2015 dont 1 257 gratuites. Toutes les places de stationnement des rues de Paris sont désormais payantes, et la Ville est divisée en deux zones.


La Cour régionale des comptes d'Ile-de-France a publié un rapport en 2016 sur l'examen de la gestion du stationnement urbain de la Ville de Paris pour les exercices 2010 et suivants. Le diagnostic de la Cour des Comptes met en lumière l'urgence d'améliorer la mobilité des parisiens et des franciliens. Au total, 1,3 millions de déplacements quotidien se font en véhicule individuel. La Cour évoque aussi des questions à prendre en compte comme anticiper la diversité des besoins et des comportements des usagers (handicapés, familles...).


Elle apprend aujourd'hui que la moitié des 140 000 places de stationnement en surface à Paris devrait être supprimée d'ici 2026. La Ville souhaite lancer une enquête auprès des Parisiens pour savoir ce qu'ils aimeraient faire de la place récupérée par cette suppression.


Je m'interroge sur la priorité d'un tel projet en pleine crise économique et sanitaire. Les places de stationnement rapportent 170 millions d'euros à la Ville de Paris chaque année. La suppression de places de stationnement ne semble pas très opportune au regard de la crise économique que Paris subit déjà de plein fouet à cause du Covid-19.


Le Président de la chambre de commerce et d'industrie de Paris, Dominique Restino, a exprimé l'inquiétude des professionnels du commerce de la capitale. Interviewé par Le Parisien il y a quelques jours, il invite le monde économique à se faire entendre dans ce dossier. Estimant qu'"il ne faudrait pas que seuls des Parisiens qui n'ont pas de voiture et représentent 50 % de la population répondent au questionnaire lancé par la mairie de Paris. Les acteurs économiques qui ont besoin de se déplacer en voiture doivent apporter eux aussi leur avis sur la question".


Après l'augmentation de pistes cyclables, la fermeture des bords de Seine et la mise au ban des voitures les plus anciennes, la Mairie de Paris souhaite passer à une étape supérieure en supprimant la moitié des places de stationnement.


Or, la politique de déplacement vise à répondre aux besoins de mobilité de tous. Il s'agit d'un enjeu social et sociétal : permettre à chacun de se déplacer librement quels que soient ses revenus, ses handicaps, sa situation sociale ou familiale. Il s'agit d'un enjeu économique : encourager la vitalité économique (incluant le commerce et le tourisme) de Paris et de l'agglomération, le dynamisme de la zone étant considéré comme étroitement lié à la pertinence et à la qualité de l'offre de transport proposée aux travailleurs, mais aussi à l'efficacité des déplacements à vocation économique.


J'ai donc interrogé le Gouvernement pour avoir une évaluation précise de l'incidence pour les transports d'un tel projet, dans un contexte de demande croissante de mobilité au sein de l'agglomération la plus dense d'Europe.

Catherine DUMAS

Sénatrice de Paris

Conseillère de Paris - élue du 17e

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